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Elle avait disparu depuis 1968. La bière « parisienne » est ressuscitée grâce à Jacques Ferté et Guillaume Roy, deux jeunes entrepreneurs.
Une bière typiquement parisienne ? Cela faisait près de quarante ans qu’on n’en trouvait plus. Jusqu’au jour où, en juin 2010, Jacques Ferté et Guillaume Roy ont redonné vie à la bière « Gallia ».
La blonde se trouve sur le marché depuis deux ans, et est déjà disponible dans près de 250 points de vente. La Gallia Paris se veut une marque premium et se vend dans des lieux branchés de la ville, comme chez Colette par exemple. La cible ? La clientèle bobochic des guinguettes parisiennes. Dans la grande distribution, on ne trouve la Gallia que chez Monoprix, parce que c’est l’enseigne bobo par excellence. « Les bobos sont plus ouverts, analyse Guillaume. Ils n’hésitent pas à tester de nouveaux produits. »
Jacques, 28ans, et Guillaume, 29ans, sont tous deux issus de l’Ecole de management de Normandie (EMN). « J’avais ouvert un bar avec mon père, raconte Guillaume, et un jour quelqu’un est entré en demandant une bière typiquement normande. Cela m’a mis la puce à l’oreille. » Jacques, quant à lui, avait consacré son mémoire de fin d’étude au brassage de la bière. Faisant le même constat de l’absence de bière parisienne, ils se sont lancés ensembles dans l’aventure.
S’inspirant des bières américaines comme la Brooklyn Brewery de New York, les deux collaborateurs ont décidé de reprendre la marque disparue à la fin des années 1960. « Toutes les grandes villes européennes possèdent une bière à leur image, explique Guillaume. Nous avons constaté qu’on ne fabrique plus de bière dans la capitale. Alors on s’est dit : Pourquoi pas Paris ? » En mars 2009, les deux compères déposent le nom « Gallia Paris », tombé dans le domaine public trente ans auparavant. Pour se faire connaître, ils misent beaucoup sur la longue histoire du breuvage parisien.
Retour vers le futur
Créée à la fin des années 1870, la marque de cervoise était produite dans l’ancien quartier de Montrouge, au 14 rue de la Voie Verte, aujourd’hui dans le XIVème arrondissement de Paris. Après un lancement lent, la bière connaît un grand succès dans l’entre-deux guerres. En 1932, la brasserie avait vendu 150 000 hectolitres de bière. A partir des années 1950, les conséquences de la guerre et de la mondialisation ont peu à peu fait décliner la firme, jusqu’à sa disparition en 1968.
« C’est une bière qui a existé pendant cent ans, pointe Jacques. C’est une renaissance complète. » Renaissance que le nouveau logo symbolise. Guillaume et Jacques on fait appel à une agence de graphisme, qui a travaillé six mois sur le projet. En résulte un sigle rond au style Belle Epoque, en bleu et vert à l’image des panneaux indiquant le nom des rues de la Ville lumière. Le coq tenant sa chope de bière, symbole de la marque, reste central mais arbore un nouveau look, plus stylisé.
Au-delà du look, ils essayent de développer d’autres projets novateurs autour de la marque. A la rentrée prochaine, une nouvelle recette de bière, brune cette fois-ci, fera son entrée sur le marché. A l’horizon 2015 les deux associés espèrent ouvrir une micro-brasserie dans Paris intramuros afin de faire découvrir l’art du brassage de la bière aux habitants de la capitale. Guillaume avoue que le « but ultime » serait de brasser eux-mêmes la bière « pour pouvoir maîtriser le produit du début à la fin ».
C’est qu’au début de leur aventure, ils ont choisi de faire produire la boisson en République Tchèque, pour des raisons de prix, mais aussi « pour le savoir-faire », se défendait alors Jacques face à un journaliste de Métro, qui l’avait interviewé en octobre 2010. Aujourd’hui, ils sont partenaires d’une brasserie située à Gisors, en Haute-Normandie.
Une aventure lucrative puisque les comptes de leur entreprise étaient à l’équilibre après un an. « On ne se verse pas encore de gros salaire, avoue Guillaume. A peu près la moitié d’un SMIC ». Ils attendent tout de même 250 000€ de chiffre d’affaires pour l’année 2012, soit 150% de plus que l’année précédente.
Delphine de Galard
